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L’université, vecteur de transformation des normes de genre ?

Federica Meluzzi · 2 juillet 2025

Numéron°63

Au cours du siècle dernier, la place des femmes dans le monde du travail a beaucoup évolué. Pourtant, malgré les progrès, des différences importantes subsistent. Dans de nombreux pays, les femmes sont moins nombreuses à occuper des emplois à temps plein, et elles sont plus souvent concentrées dans des métiers moins bien rémunérés. Ces écarts de revenuss’accentuent encore après la naissance des enfants. Pour expliquer ces inégalités, les chercheurs s’intéressent notamment aux normes de genre : cesidées, souvent inconscientes, qui associent certaines tâches ou responsabilités aux femmes et d’autres aux hommes. Ces normes, ancrées dans la société, influencent les choix professionnels et personnels, et freinent l’égalité réelle entre les sexes. Mon récent travail de recherche s’est penché sur la question suivante : est-ce que les personnes que l’on fréquente pendant ses études peuvent influencer les trajectoires professionnelles des femmes ? L’étude porte sur l’Italie, à partir de données couvrant presque tous les étudiants diplômés du supérieur. Ces données permettent de suivre leur parcours scolaire, leurs choix d’études, leurs préférences et leur situation professionnelle jusqu’à cinq ans après l’obtention de leur diplôme. Des écarts qui apparaissent dès le début de la vie professionnelle Premier constat : même lorsqu’elles réussissent mieux leurs études que les hommes, les femmes diplômées d’un master gagnent en moyenne 11 % de moins qu’eux un an après leur sortie de l’université. Cela ne s’explique pas par la maternité, mais par un moindre accès aux emplois à temps plein et un nombre d’heures travaillées plus faible. Ces écarts restent stables au fil des premières années de carrière. Autre constat : les femmes originaires de régions plus égalitaires en matière de genre ont de meilleures conditions d’emploi et de salaire que celles venant de régions où les rôles hommes-femmes sont plus traditionnels, même lorsqu’elles travaillent dans la même ville. Cette “culture d’origine” semble donc continuer à influencer les trajectoires, même après les études. L’université comme lieu de transformation En Italie, plus de la moitié des étudiants font leurs études dans une autre région que celle où ils ont grandi. Cela crée un environnement diversifié, où des jeunes aux origines culturelles très différentes se côtoient. Cette diversité joue un rôle : les étudiantes exposées à des camarades venant de régions plus égalitaires sont, plus tard, davantage engagées dans le travail à tempsplein, avec des salaires plus élevés. Ce changement concerne surtout celles qui viennent de régions traditionnellement moins égalitaires. Pourquoi ? Parce que les aspirations et les croyances des étudiantes évoluent à travers ces interactions. Par exemple, certaines qui pensaient avoir peu de chances d’obtenir un emploi à temps plein revoient leurs attentes à la hausse au fil de leur première année d’études. Elles accordent aussi plus d’importance à la rémunération et moins à des aspects comme la flexibilité horaire. Un levier pour l’égalité professionnelle Ces résultats montrent que les échanges entre étudiantes d’horizons différents peuvent avoir un effet positif sur l’égalité femmes-hommes. En exposant les jeunes femmes à d’autres façons de penser ou de se projeter dans la vie professionnelle, l’université peut contribuer à réduire les écarts. En somme, favoriser la mixité sociale et régionale dans l’enseignement supérieur, et encourager des environnements d’étude ouverts et inclusifs, pourrait être un levier sous-estimé pour faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes au travail.

Meluzzi, Federica. The College Melting Pot: Peers, Culture and Women's Job Search, Chaire SPP Working Pape 2025-06. https://www.chaire-securisation.fr/Details-Document.html?id=59