Les valeurs du travail
Olivier Galland · 22 octobre 2024
Cet ouvrage tente de combiner, à partir des données et des travaux existants, les apports d’une approche « subjective » et d’une approche « objective » des valeurs du travail. Le terme « valeurs » est délibérément accordé au pluriel, car ces valeurs sont diverses et le livre cherche à dresser, sur un échantillon de pays développés, le tableau le plus complet possible de cette diversité, en fonction du pays comme en fonction des caractéristiques individuelles. L’approche subjective repose essentiellement sur de grandes enquêtes internationales qui, sur des échantillons représentatifs, interrogent les individus sur leurs orientations de valeurs dans le domaine du travail. Ces orientations sont composites et comprennent plusieurs dimensions. Une des oppositions principales met en regard une orientation vocationnelle du travail – le travail comme engagement personnel et réalisation de soi – et une orientation instrumentale dans laquelle ce sont les caractéristiques extrinsèques du travail qui sont valorisées (le salaire, les horaires etc..). Dans presque tous les pays analysés, ces orientations montrent une grande stabilité dans le temps. On ne distingue pas les signes d’une « crise » de la valeur travail, si souvent évoquée dans le débat public. La diversité des valeurs du travail est avant tout une diversité entre les pays. Les valeurs du travail varient évidemment en fonction de l’âge, du genre et de la catégorie socioprofessionnelle. L’orientation instrumentale du travail notamment est d’autant plus prégnante que le niveau de qualification est peu élevé. Mais il est frappant de constater que les variations de ces valeurs entre les pays sont beaucoup plus marquées et surtout qu’elles se maintiennent quelles que soient les caractéristiques individuelles examinées (ici l’âge, le genre et le niveau de qualification). Ces variations internationales relèvent à la fois d’orientations culturelles de longue durée – on pense aux fameux travaux de Max Weber sur l’influence des orientations religieuses sur les valeurs économiques – du rôle d’institutions propres au fonctionnement du marché du travail dans chaque pays et de politiques managériales qui sont également différentes d’un pays à l’autre. A ce titre par exemple, l’autonomie dans le travail est beaucoup plus développée dans les entreprises des pays scandinaves et s’accorde bien à l’adoption d’une orientation vocationnelle du travail largement dominante dans cette aire culturelle. L’approche subjective des valeurs du travail est parfois critiquée comme étant quelque peu artificielle. A quel degré est-elle associée à la réalité du travail effectué, c’est-à-dire à la valeur objective du travail ? Le livre cherche à apprécier la consistance de ce lien au niveau de chaque pays. Les conditions de travail, telles qu’elles sont évaluées dans les enquêtes que l’OCDE a menées à ce sujet, sont-elles associées à des orientations de valeurs du travail spécifiques ? Sur les 11 pays analysés dans ce livre, les résultats ne montrent pas de stricte correspondance entre un état donné des conditions de travail et un modèle typique de rapport au travail. Les conditions de travail influent sur les attitudes à l’égard du travail mais ne déterminent pas les valeurs qui dominent dans un pays donné. Une symbiose de facteurs liés à l’organisation et aux conditions de travail et de facteurs associés aux valeurs dominantes, plus larges que celles qui concernent le travail lui-même, donne sa coloration particulière aux valeurs du travail propres à chaque pays. Le livre propose également un focus sur la France. De manière peut-être inattendue, les orientations de valeurs des Français en matière de travail, sont assez proches de celles qui prévalent dans les pays du nord, en privilégiant plutôt une orientation vocationnelle du travail. Mais les Français sont également plus nombreux que les Scandinaves à considérer le travail comme une norme morale à laquelle il faut se conformer, trait qui les rapproche cette fois des pays catholiques. La conception française du travail semble donc plutôt relever d’un modèle mixte résultant d’influences culturelles variées.
Olivier Galland, Les valeurs du travail, Presses de Sciences Po, collection Sécuriser L’ Emploi, octobre 2024. https://www.chaire-securisation.fr/Details-Ouvrage.html?id=88