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Les discriminations au travail

Stéphane Carcillo; Marie-Anne Valfort · 28 janvier 2019

Numéron°34

A partir d’une synthèse de la littérature académique internationale, l’ouvrage de Stéphane Carcillo et Marie-Anne Valfort « Les discriminations au travail » paru en octobre 2018 aux Presses de Sciences Po présente l’état des connaissances concernant la mesure, les causes et le coût des discriminations à l’encontre d’un large éventail de groupes, ainsi que les politiques pour les combattre. Les discriminations sont omniprésentes, en particulier sur le marché du travail. La liste des groupes discriminés est longue. Dans les pays de l’OCDE, les femmes ont un accès plus difficile à l’emploi lorsqu’elles sont en âge d’avoir des enfants et elles gagnent en moyenne 15 % de moins que les hommes à temps plein sans qu’on puisse expliquer l’essentiel de cet écart. Les seniors ont 30 à 50 % moins de chances que les jeunes d’être invités à un entretien d’embauche dans de nombreux métiers, et ce désavantage peut se ressentir dès la quarantaine. La situation est pire encore pour les personnes LGBT qui peuvent avoir jusqu’à deux fois moins de chances que les hétérosexuels et les cisgenres, à compétences et expérience équivalentes, de décrocher un entretien si elles révèlent leur identité au moment de la candidature. Certaines minorités ethniques voient également leurs chances d’accès à l’emploi réduites de moitié voire plus par rapport aux candidats de la majorité ethnique. Un musulman doit envoyer quatre fois plus de candidatures qu’un catholique, à moins qu'il ne souligne qu'il n'est pas pratiquant. Mais ce n’est pas tout : les personnes qu’on juge laides, les personnes obèses, les personnes de petite taille, sont discriminées à très grande échelle, notamment dans les métiers où les interactions avec les clients sont fréquentes. A compétences et expérience équivalentes, les femmes obèses ont un salaire 10% plus faible que les autres. Les hommes les plus grands ont un salaire 13% plus élevé que les plus petits. Sur le marché du travail, aucune inégalité n’est moins acceptable que celle résultant de la discrimination car elle ne sanctionne ni le talent, ni l’effort. Bien au contraire, les discriminations découragent les talents, sont démotivantes et réduisent les chances de réussite. Leur coût économique, humain et social ampute le potentiel de croissance d’un pays. Elles agissent bien en amont du marché du travail, dès l’école, par le biais des stéréotypes – les filles sont moins bonnes en mathématiques, les immigrés ne sont pas faits pour les études – ou des harcèlements – les enfants LGBT, moins beaux, petits ou en surpoids sont quotidiennement malmenés. Il en résulte une moindre disponibilité pour les apprentissages et donc des résultats scolaires en berne. Pourtant, les discriminations ne sont pas une fatalité. Elles peuvent se corriger, à l’image des biais cognitifs qui les génèrent. Les exemples de progrès dans ce domaine, y compris à l’échelle d’un pays, sont nombreux. Interdire la discrimination par la loi est une première étape, incontournable, mais elle n’est pas suffisante. Il faut la compléter d’un vaste ensemble de politiques allant des formations à la réduction des biais inconscients, à la modification des stéréotypes sur certains groupes (par exemple, l’incapacité des mères à assumer des postes à responsabilité), en passant par la systématisation du processus de recrutement ou les incitations à l’embauche pour les groupes discriminés. Des actions en amont du marché du travail, dès l’école, pour contrer la tendance des groupes discriminés à se conformer aux stéréotypes négatifs qui les ciblent et les poussent à l’échec sont également indispensables.

Stéphane Carcilllo et Marie-Anne Valfort, Les discriminations au travail, Presses de Sciences Po, coll. Sécuriser l’Emploi, Paris, octobre 2018.