Analyse expérimentale des conséquences de la précarité de l’emploi


Dans un contexte de massification du chômage, le marché du travail français fonctionne sur un mode dual avéré caractérisé par deux segments : un segment « typique », d’emplois davantage protégés, souvent sous forme de contrat à durée indéterminée, et un segment « précaire », constitué d’emplois à durée déterminée ou de courte durée. En ce qui concerne la jeunesse, plus de la moitié des individus âgés de 15 à 24 ans occupant un emploi a signé un contrat d’intérim, à durée déterminée ou en contrat aidé (en excluant les titulaires d’un contrat d’apprentissage ou de qualification). Même si l’emploi à temps complet et à durée indéterminée constitue encore la norme d’emploi pour plus de 85% des employés de tous âges, ces évolutions peuvent préfigurer les évolutions futures du marché du travail pour l’ensemble de la population et faire aussi craindre une polarisation accrue des statuts d’emploi se traduisant par l’existence d’un volant accru de travailleurs précaires connaissant de moindres chances d’accéder à la norme d’emploi. Or, de telles évolutions du fonctionnement du marché du travail sont susceptibles de modifier en profondeur le rapport des individus au travail et à la société.

D’après la théorie initiée notamment par Scheine (1980), des contrats psychologiques implicites impliquant les représentations, l’affect ainsi que les normes, se tissent entre les individus et les organisations (entreprises et état). Ceux-ci sont constitués d’un ensemble non écrit d’attentes, de promesses et d’obligations réciproques. Elles président aux comportements individuels d’engagement selon des mécanismes subjectifs. La théorie du contrat psychologique a été développée de façon transversale par des économistes et des psychologues (McDonald et Makin, 2000 ; De Cuyper et De Witte, 2008 ; Bosmans et al., 2015). Le contrat psychologique est constitué d’une composante à dominante transactionnelle et d’une composante à dominante relationnelle, la rémunération appartient à la première composante tandis que la sécurité de l’emploi est l’une des multiples dimensions de la seconde composante.

Une hausse de la précarité constituée par un accroissement de la taille du segment « précaire » génère-t-elle une modification du contrat psychologique implicite susceptible de modifier les comportements d’engagement des individus au sein des entreprises et de la société ?
 
 

Responsables du projet:

Hélène Couprie, Chargée d’étude au CEREQ (THEMA – UMR 8184)

Emmanuel Peterle, Université de Franche-Comte (CRESE) 
 


Ce projet est financé par la Chaire de Sécurisation des Parcours Professionnels.